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L'édito

Le numérique a aboli le monde ancien ainsi que ses frontières géographiques : la production, la diffusion et surtout la consommation n'ont plus de frontières physiques. En Iran, récemment, l'utilisation des téléphones portables, celle de Twitter, et plus généralement celle d'Internet furent au cœur des actions menées par l'opposition. Chaque jour en France ou aux Etats-Unis, des informations se propagent sur les réseaux et touchent des millions de personnes, qui communiquent entre elles sans médiation, sans limitation déontologique ou professionnelle. Dès lors l'action d'informer change de nature. Il faut organiser un flux continu, lui donner des directions et du sens.

Au cours de ma carrière, j'ai accompagné nombre d'évolutions dans la façon de traiter l'information, dans la manière de la diffuser. Jamais nos métiers n'avaient été confrontés à une rupture aussi radicale, à la fois technique et méthodologique. C'est un défi, c'est une chance.

Un défi, car si la fracture numérique se résorbe dans le monde du fait de la démocratisation du téléphone portable ou du développement des cybercafés, la profusion d'images et la multiplication des sources d'information à l'infini perpétuent les inégalités. Sans éducation, sans formation, sans une maîtrise des nouveaux médias et une culture de l'image, ce flux ininterrompu est illisible, voire dangereux. Paradoxe : la liberté totale dans la circulation des informations perpétuerait alors l'aliénation.

Pourtant c'est aussi une chance : la démocratisation des outils d'expression est à l'origine d'une nouvelle opinion publique, plus fluide, mais aussi plus attentive, plus remuante, moins docile aux discours établis, moins soumise aux milieux dirigeants. La diversité sociale et ethnoculturelle y trouve naturellement sa place, avec des modes d'expression et de reconnaissance qui échappent aux mécanismes sociaux d'exclusion. Voilà donc le numérique facteur d'intégration, au cœur de la résorption d'une autre fracture, plus large celle-là, la fracture sociale.

Hervé Bourges
Président

Biographie

Journaliste, PDG de chaînes de télévision et de radio, Président du CSA, Hervé Bourges est un homme des médias qui a toujours porté un regard critique et avisé sur la société de l'information.
Après de brillantes études en journalisme, il débute dans la profession en tant que rédacteur en chef de Témoignage chrétien. Il fonde, en 1970, l'Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé (Cameroun) qu'il dirige pendant 6 ans.

De retour en France, il prend la direction de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille. En 1982, il se retrouve à la tête de Radio France Internationale puis au poste de Président directeur général de TF1 en 1983. Il occupera cette fonction pendant 4 ans puis dirigera par la suite d'autres prestigieuses chaînes de radio ou de télévision dont Canal+ Afrique, Radio Monte Carlo et surtout France télévisions (France2 et France3).

En 1995, il est nommé Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel qu'il administrera avec morale et rigueur jusqu'en 2001. Depuis 2008, il est membre de l'Observatoire de la diversité du CSA.

Sans cesse actif, il écrit une douzaine d'ouvrages dont L'Algérie à l'épreuve du pouvoir, publié chez Grasset en 1967, Les cinquante Afriques, paru en 1979 aux éditions du Seuil, De mémoire d'éléphant, son autobiographie publiée chez Grasset en 2000, et une rétrospective sur ses années télé, Sur la télé : mes 4 vérités, sortie en 2005.

Alain Ferrari réalise, en 2003, en étroite collaboration avec Hervé Bourges un documentaire intitulé: Un parcours algérien, diffusé sur France 2 et France 5 (2x90 min). Dans ce film, Hervé Bourges retrace son itinéraire de 1954 à 1966 et revient sur son engagement politique en faveur de l'Algérie. Le film apporte un éclairage nouveau sur les événements de la période à partir d'images d'archives, de photos, d'articles, de témoignages.